INTRODUCTION
Non, toutes les lesbiennes ne sont pas sadiques. Non, elles n'ont pas toutes le dégoût ou la haine du mâle. Mais il n'empêche, même en s'appuyant une récente enquête (lire le numéro 52 de LESBIA et l'article de Brigitte Langlet), que, pour plus de la moitié d'entre elles (59%), l'homme entre dans leurs fantasmes. Tantôt pour le remplacer dans son rôle de "mari", tantôt pour lui "voler" sa femme et, plus généralement, pour le réduire à l'état de voyeur ou d'esclave, le castrer ou le tuer.
Ce livre veut être une traduction littéraire et romancée de ces fantasmes lesbiens (même s'ils correspondent souvent à ceux, masochistes, de beaucoup d'hommes). Il n'est pas l'apologie du sadisme féminin, même si l'homosexualité des héroïnes y est accompagnée de crimes et de tortures ignobles. Il ne veut pas disculper les femmes criminelles qui en sont les personnages mais, au contraire, décrire les fantasmes sadiques de beaucoup de lesbiennes en les décrivant de façon réaliste et, surtout, impunie.
Il faut, pour le confort et le bien-être de celles qui liront ces pages, que les actes sanglants et sadiques qui y sont décrits soient commis en toute impunité. Les crimes fantasmatiques doivent être réalisés impunément. Ces lesbiennes qui vont asservir, torturer, castrer et, naturellement, assassiner les personnages mâles de cette histoire, devaient sortir victorieuses et triomphantes de leur aventure. Et, disons-le au risque de dévoiler le final, c'est ce qui se passera. Non pour justifier les crimes commis mais, bien au contraire, pour déculpabiliser les lectrices qui s'assimileront aux personnages féminins et qui, par voie de conséquence, sortiront elles aussi indemnes et victorieuses, donc satisfaites, de cette aventure.
D'ailleurs, dans les pages qui suivent, il n'y a guère de descriptions de caractère ou d'analyse psychologique. A chaque lectrice (ou lecteur) de façonner l'âme des personnages. C'est, en quelque sorte, un "livre dont vous êtes l'héroïne". Libre à vous, lectrice (ou lecteur), d'imaginer de possibles remords ou punitions (légales ou divines), mais, moi, je n'ai voulu ni condamner, ni même juger les femmes protagonistes de cette histoire. Et ça, je crois que c'est un acte réellement féministe, même s'il n'est que littéraire.
A quoi servirait la description d'un fantasme homosexuel, pédophile ou incestueux si elle s'achevait par un emprisonnement ou une quelconque punition morale ? Là, le mot est lâché : la morale. Et, dans ce roman, il n'y en a pas car il ne peut pas y avoir de morale dans le fantasme lesbien.
Non, toutes les lesbiennes ne sont pas sadiques, il n'en reste pas moins que nos sadismes, latents ou occultés, restent notre meilleure arme contre le monde mâle.
Mai 1987, Cannes, Hôtel Majestic, chambre 583.
Ce roman est dédié à toutes les lesbiennes célèbres, artistes ou sportives, qui sont sorties du placard et font que nous sommes aujourd'hui en train de gagner notre combat contre le mâle.
Aline d'Arbrant