André reprit lentement conscience, avec un horrible mal de tête, dans l'odeur pestilentielle et l'obscurité relative de la porcherie. La mince clarté d'une étroite ouverture dans le mur de pierre lui permit de se rendre compte de l'endroit où il se trouvait. Il était couché sur un fumier puant et humecté d'excréments porcins. Prés de lui, reniflant et bâfrant à même le sol, un gros cochon répugnant le regardait d'un oeil étonné et vaguement réprobateur.
Il parvint difficilement à se relever et se remémora peu à peu la fourberie de Malvina Kantor, la trahison de Caroline et le terrible coup traîtreusement administré avec le lourd godemiché. Les relations contre nature qui s'étaient installées entre les deux lesbiennes, puisqu'il fallait bien les appeler comme ça désormais, et la destination première de l'objet utilisé pour le neutraliser ajoutaient encore à son humiliation et à sa colère.
André commença par tenter d'ébranler la porte mais, malheureusement pour lui, ce type de fermeture, créé pour résister aux assauts parfois violents de bestiaux lourds et puissants, ne pouvait guère céder aux quelques dérisoires coups de pieds ou d'épaules d'un seul homme, pas très costaud de surcroît. Devant l'inutilité de ses efforts contre le bois de chêne et le solide verrou, il tenta de grimper le long du mur pour passer par le plafond puis sortir par le toit.
Plusieurs fois il retomba de tout son long dans la fange et dérangea même le porc qui commençait à donner certains signes d'agacement. Le plafond était fait de solides planches cloués et André se souvint qu'au-dessus de celles-ci étaient stockées plusieurs tonnes de foin dont il avait lui-même extrait quelques bottes la veille pour aider la belle et perfide fermière.Alors seulement il se mit à appeler au secours, d'abord en appuyant sa demande de quelques jurons bien sentis, puis de plus en plus humblement. Mais personne ne vint et nul ne lui répondit. Par la petite ouverture du mur, il ne pouvait apercevoir qu'un petit bout de la cour de ferme, une des fenêtres et la porte peintes en vert de la maison d'habitation.
A un moment donné, quand il devait être midi passé à cause de la chaleur et de la situation supposée du soleil, il vit sortir Caroline de la maison. Il l'appela et cria mais, tournant à peine la tête vers lui, elle se contenta de lui sourire ironiquement et d'agiter vaguement la main dans sa direction. Puis elle disparut de sa vue. Quand elle repassa, longtemps plus tard, elle portait un assortiment de légumes dans ses bras. Comment pouvait-elle penser à faire la soupe pendant qu'il était lui enfermé dans cette atroce puanteur ? Il cria encore, ordonna, la supplia même, mais cette fois-ci elle ne lui fit seulement pas l'aumône d'un regard et rentra dans la cuisine.
Alors, il s'affala sur le fumier et son esprit torturé par la colère, l'humiliation et le désespoir, il se mit à sangloter sous l'oeil étonné de son dégoûtant compagnon de captivité.